Rock’n’roll Guérilla – Vernissage du 1er octobre 2026

Belle soirée à la Maison du Livre, de l’Image et du Son (MLIS) de Villeurbanne avec une artothèque pleine d’invité-es et de passionné-es d’art ou de musique. Avec in fine environ 200 personnes de passage dans cette rotonde richement illustrée ce fut un indéniable succès. Je continuerai quelques visites commentées pour les scolaires et pour le grand public entre le 2 octobre et le 12 décembre, date de cloture avec un final musical attendu de No Suicide Act.

L’exposition trouve son extension avec un espace dédié à une sélection de CD et de DVD musicaux, dûment choisie avec Sébastien et de lectures, dûment choisies avec Marianne. J’en profite pour remercier chaleureusement les actrices et acteurs de cette exposition : Valérie Sandoz et son équipe de choc : Guillaume, Diane, Flora et Victoria, ainsi que Paria (AZM). Stéphane Malfettes commissaire de l’exposition, et moi-même avons particulièrement apprécié le montage collectif de cette exposition, une séquence très agréable et très appréciée.

Le soir à partir de 18h30, après les discours et les appels à la défense de la culture populaire, nous avons eu Stéphane et moi, un moment d’échange avec le public sur le passé, le présent et les émotions suscitées par ce mur d’images.

Merci à tousTes du fond du cœur.

Pauline (Service culturel de Villeurbanne), Valérie Sandoz (Directrice de l’Artothèque), FanXoa et Stéphane Malfettes © Isa Clark

Pour finir, je livre mon texte d’introduction pour en faire profiter les futur.es visiteurs/trices :

Rock’n’Roll Guérilla / FanXoa
MLIS 2026


Il y a cinquante ans, à partir de l’été 1976, un mouvement musical, esthétique, social rassemblant des marginaux, des artistes et des spécialistes de la provocation, a été à l’origine d’une déflagration parmi la jeunesse dans le monde occidental, aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France, Belgique, Hollande, Allemagne, Espagne, Italie… avant de se répandre aux quatre coins du monde industrialisé jusqu’en Chine ou en Indonésie

Étiquetés « punk », des centaines de groupes musicaux parfois sans aucun savoir-faire ont pris d’assaut les scènes, occupé la rue… des milliers de jeunes souvent sans aucun diplôme ont investi le champ de la « création par soi-même », le DiY, pour exprimer leurs sentiments sur une époque oppressante et l’avenir pourri qui s’offrait à elles/eux. Entre pulsion de mort et rage de vivre, ils et elles se sont inventé-es un monde et un futur imaginable à coups de lettres découpées, de mots, de ciseaux, en mode collage ou en couture donnant à toute déchirure, toute blessure et toute destruction ou ruine une dimension esthétique et du sens. Ils et elles ont offert à la culture un nouveau souffle, un élan vital teinté d’humour noir et de joyeux désespoir.

Cette nouvelle vague de spontanéité a laissé de nombreuses traces dans l’expression écrite et orale, dans le son, dans l’esthétique, dans la mode, dans la fabrique d’objets, de fanzines, de vêtements dans une totale liberté prise sans autorisation, parfois dangereuse et assumée corps et âme. Ces jeunes gens ont expérimenté seuls ou en petits groupes. Ils et elles brûlé leur énergie adolescente pour retrouver la force originelle et subversive du rock’n’roll. Ils et elles sont entrés en guérilla dans la ville, faisant de Paris un maquis quotidien métallique, de Lyon un maelstrom musical éclectique tout comme dans les campagnes en bousculant les traditions et la normalité étriquée de la fin des années 1970.

Sur la table de la sélection CD et DVD © FX

Les groupes auxquels ils et elles se référaient possédaient des noms d’assaut contre l’ordre pesant d’un patriarcat engoncé dans des costumes-cravates sombres et même contre l’ordre publique : Buzzcocks, Clash, Crass, Damned, Dead Boys, Generation X, Métal Urbain, Sex Pistols, Stinky Toys, Siouxsie and the Banshees, Slits, Starshooter, Suicide, X-Ray Spex… jusqu’aux plus appellations plus obscures ou provocantes comme De-evolution, Electrodes, Gazoline, Guilty Razors, London SS, Nuns, Pure Hell, Raf-Punk, Schoolgirl Bitch, Spermicide, Tampax… Les pseudonymes que chacun-e s’auto-attribuaient pour exprimer sa nouvelle identité parlaient pour eux-mêmes : Fuck (†), Vérole, Fringanor, Dissoplast, Destroy, Acid, Raf, Kilt, Helno (†), Krad (†), Béru, Koja, Laul, Masto, Raid, Crab, Dolly, Maxwell (†), Martial… toute une raya bigarrée et métissée s’y retrouvait.

En 1977, à quatorze ans, j’ai sauté à pieds joint dans le chaudron de l’explosion punk qui battait son plein. Il fallait faire vite car le mouvement s’autoproclamait éphémère et sans aucun avenir. Comme une ultime respiration dans un monde étouffant, miné par la crise économique, le choc pétrolier et le chômage, menacé par la guerre des Pershing et le chantage nucléaire, gangréné par l’exploitation sexuelle, la violence éducative et policière, hypnotisé par la destruction industrielle et l’esclavagisme capitaliste, acculé au suicide comme le groupe Baader-Meinhof. On y était déjà, bras d’honneur au système et au destin, et les punks désiraient en finir avec cet horizon moribond. 1976-1977 était une alerte et 2026-2027 peut en mesurer chaque jour la portée, chaque pas plus sinistre à travers le retour du masculinisme ou la détérioration de la santé mentale des plus jeunes.

Fermeture envisagée, voire effective, des écoles d’art et des associations culturelles, étranglement financier de la culture, étranglement financier des lieux de l’éducation et de la libre pensée, promotion de la haine de l’autre dans les kiosques à journaux, concentration des pouvoirs et des biens dans les mains d’une minorité d’ultrariches, destruction massive du monde vivant, guerres et génocides banalisés, permis de tuer, c’est aujourd’hui la création et la vie dans son ensemble qui est ostracisée, méprisée, attaquée et sous le coup d’interdits peu à peu distillés.

En 1976-1977 comme en 2026-2027, on n’avait pas vingt ans et on a tout fait et on va tout faire pour créer un univers des possibles, enchanté, fluo et osé, à notre image et à notre portée. C’est le sens de « Rock’n’Roll Guérilla », retrouver l’innocence de l’action créative et la spontanéité à l’aune du temps qui s’effondre.

FanXoa, jeudi 1er octobre 2026. MàJ 2 octobre.

Photo « à la une » : vue sur l’Artothèque, exposition Rock’n’roll Guérilla © Isa Clark

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